Ah les groupes !!!!

Publié le par stetien

6h28 du matin, train au départ de Paris en direction de Lyon. 2 heures de TGV, assis tranquillement, juste là pour prolonger un peu la nuit. Peut être un café, peut être un film, peut être morphée.

 

L’atmosphère est calme, endormie. Un groupe silencieux de voyageurs a pris place sans un mot, et chacun semble vouloir terminer sa nuit ici bas.

 

Et puis d’un coup d’un seul, 5 minutes avant le départ, un groupe d’amis vient à rejoindre le wagon. Des amis de 30 ans, vu qu’ils en ont cinquante, qui partent vers Lyon et ensuite, sans doute, vers la montagne.

Chacune, chacun sont certainement très sympathiques, très agréables et très polis. Très gentils même.

Mais voilà, ils sont en groupe !

 

Je déteste les groupes !

 

Là où le silence semblait plus pesant, plus lourd, plus… amplifié, à 35 voyageurs endormis, voili voilà que s’installe un brouhaha redoutable, un basse cour d’école, un jacassement qui atteint un volume sonore digne d’une classe de maternelle à qui on viendrait d’annoncer qu’elle va passer la journée au Parc Astérix.

Les groupes. Phénomène amplificateur de la vie, là où l’on découvre que le collectif rend disproportionné les réactions individuelles, se transformant en une forme de drogue collective, d’EPO intellectuel, qui démultiplie non seulement les caractéristiques individuelles, mais, et c’est bien là le fond du sujet, va jusqu’à transformer la somme des sentiments individuels.

 

Mais alors un groupe ne serait pas la somme de ses composantes ? Sa variante principale serait sa capacité de mutation ? « … Pris Individuellement, ils sont sympas, mais en groupe, ils sont insupportable… » !

Pleine de sens et de lourdeur historique que cette question là !

 

Un peuple qui supporterait, accepterait même, la dictature de quelques uns, les inepties de quelques autres, fermant l

les yeux, disons le, sur des exactions, sur l’inacceptable, ne serait pas la somme d’individus, de pensées, de soutien ou d’approbations, mais sa nature même pourrait être de transformer cette somme, la faisant passer parfois de la lumière à l’ombre, en une nouvelle entité, différente, apparemment compacte et uniforme,  mais aux signifiants totalement, au mieux différents, au pire opposés – ou le contraire -, qui pourrait être « le collectif » ?

 

L’âge des foules, comme l’écrivait Ziegler, c’est en effet un des éléments qui a gouverné et gouverne encore l’humanité : Ses médecins, avocats, enseignants, salariés, comptables, etc., à la vie raisonnable et raisonnée, qui deviennent l’espace d’un jeu de ballon, une masse compacte, perdant tout sens de la raison, toute liberté de jugement, de discernement.

Mais le groupe a besoin de leaders, eux-mêmes galvanisés par cet EPO intellectuel qui leur donne de la puissance, de la reconnaissance, du pouvoir.

Le groupe ne peut pas se laisser dissocier dans l’observation et le jugement : Un peu comme une masse compacte, une fois désagrégée, disloquée, elle n’a plus d’existence en tant que tel, et il n’y a aucun sens à vouloir en prendre une partie, ou une autre, au nom du groupe entier.

Là distinction n’est pas là.

Mais revenons aux leaders, aux meneurs de ce groupe. Peut être à l’origine de celui-ci, peut être issus de l’opportunité, du hasard, ou de la volonté, ces leaders se distinguent malgré tout ce la masse qui compose le groupe. Ils s’en distinguent car ils le meuvent. Ils donnent parfois une impulsion, un sens, une direction, à ce groupe – pas nécessairement de Panurge – lui permettant de vivre et d’évoluer dans la mobilité.

 

Ils sont acteurs.

 

Et dès lors qu’ils sont acteurs, ils sont responsables.

 

Dans les grands procès de l’après seconde guerre mondiale, c’est bien là que se situait la ligne de défense de certains bourreaux. Coupables, oui, mais pas acteurs. Pas responsables de l’impulsion donnée au groupe, donc pas responsable des exactions. Juste d’avoir « Obéit »  d’avoir suivi.

 

Toute la difficulté dans un groupe, c’est de déterminer son origine, et ses acteurs.

Mais en tout cas, pour moi, en ce petit matin froid hivernal, dans ce train rapide ouvert aux mille vents, je lui dirai bien de se calmer au groupe, histoire de pouvoir dormir un peu avant de commencer ma journée. Et je le lui dirai bien sans prendre des gants, au groupe, …

 

Enfin, …. Si je peux me permettre.

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